les anges du foyer

caroline crochard

Caroline Crochard

pierrette

Pierrette

ursule mirouet

Ursule Mirouët

eve chardon

Eve Chardon

Durant toute sa vie, Balzac aima beaucoup les femmes. Même sans le savoir, on le devinerait en lisant La Comédie Humaine et en notant la place importante qu’occupent les personnages féminins dans ses grandes fresques pessimistes de la société française du début du XIXe siècle. Ce que nous savons de ses rapports avec les femmes au cours de ces années nous permet de replacer les héroïnes balzaciennes dans leur cadre historique exact. La jeune fille, d’habitude, est considérée comme un objet précieux qu’il faut acheminer avec soin vers un bon mariage afin que, d’un foyer à l’autre, se transmettent des sentiments de bonté et de sollicitude, filiale ou maternelle. Le « foyer » en somme , féconde son « ange ».

Cependant, la jeune fille du dix-neuvième n’est pas toujours prisonnière de ces clichés et la vestale du foyer ; elle est gracieuse, élégante et connaît l’art de la conversation ; elle peut devenir l’inspiratrice d’un salon littéraire, réunir et protéger des hommes de sciences, des philosophes et des écrivains. A côté des femmes « bien », on trouve aussi les frivoles, les cruelles, les courtisanes. Mais la « femme débauchée » est une herbe qui prend racine n’importe où… Ainsi, plus il y a de gourgandines plus il est facile d’exalter les vertus de la femme honnête. Dans La Comédie Humaine, on recontre toute une série de ravissants portraits féminins, tout imprégnés de romantisme et pour lesquels l’écrivain a trouvé les accents les plus purs et les plus délicats.


Ici, de véritable aquarelles : deux femmes à la fenêtre, dans un vieil hôtel particuler, Caroline Crochard et sa mère au début d’Une double famille. Le récit s’enrichit, au fur et à mesure, de thèmes, de personnages, de situations romanesques, d’événements toujours plus complexes. Mais son plus grand charme réside dans les premières pages : cet « intérieur familial », cette jeune fille qui répond aux premiers appels de l’amour…

Autre portrait célèbre, celui de Pierrette, dans le roman du même nom. La jeune orpheline pauvre au cœur pur, pleine de candeur, subit courageusement le cruel martyr que lui infligent les Rogron, parents éloignés, avides et mesquins, qui l’on recueillie uniquement par intérêt. Au début, il s’agit seulement de vexations mineures qui se transformeront très vite en persécution lorsque Sylvie Rogron soupçonnera Pierrette d’être pour elle une dangereuse rivale. La méchanceté de ses bienfaiteurs diaboliques conduira la douce Pierrette à la mort.


Le portrait de Modeste Mignon n’est pas moins bien vu. C’est l’héroïne d’un des romans les plus célèbres de Balzac : un personnage dont on ne sait pas s’il est plus apprécié pour son élégance, sa fraîcheur, que pour la malice charmante dont il fait preuve dans les redoutables périls de la vie mondaine, au moment de choisir entre trois prétendants, et qui finalement prend une décision inspirée par la voix du cœur. Aussi pleine de charme, Ursule Mirouët est un personnage tout en nuances, plongé dans une atmosphère mystérieuse qui en accentue encore la saveur typiquement romantique.

C’est un véritable ange du foyer que la gracieuse Eve Chardon des Illusion perdues. Sœur bien-aimée de Lucien de Rubempré et épouse dévouée du typographe-inventeur David Séchard, Eve sait avec une égale délicatesse et un même esprit de sacrifice venir en aide à l’un et l’autre dans l’océan déchaîné de la vie qui risque de les emporter. Enfin, délaissant les esquisses moins poussées de visages féminins et les innombrables miniatures dont le panorama de La Comédie Humaine se trouve constellé, nous arrivons à Eugénie Grandet.

Une femme à la fois tendre et fière, simple, passionnée et sage.
Dans le portrait d’Eugénie, comme dans celui de toutes les autres femmes chez Balzac, les caractères psychologiques sont inséparables des mœurs de l’époque : la personnalité féminine en ressort plus vraie, plus convaincante, plus typique dans la mesure où Balzac sait l’intégrer plus complètement dans le monde environnant. C’est le mérite de Balzac portraitiste : obtenir un relief particulier des premiers plans, en jouant sur les contrastes avec le scénario ou la toile de fond. « Il se trouve dans certaines villes de province des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres… » c’est ainsi que commence Eugénie Grandet. Le ton dominant et le destin de l’héroïne sont déjà dans les premières lignes : la mélancolie. Les événements et Eugénie elle-même seront ce qu’il sont car la maison est mélancolique… Les pièces, si peu accueillantes, les amis, mesquins et cancaniers, qui fréquentent par intérêt le salon si mal meublé. La puberté d’Eugénie se détachera comme une fleur éclose par miracle dans un jardin abandonné et envahi de mauvaises herbes.
Et l’on retrouve se schéma toutes les fois que Balzac créé un personnage féminin auquel va sa sympathie. C’est le seul fruit sain d’un verger déjà desséché. Au milieu de l’épaisse forêt des passions et des intrigues du monde, Caroline, Pierrette, Ursule, Eve et Eugénie sont les seules messagères d’espérance en l’humanité.

 

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