les beatrice de la comédie humaine

 

henriette de mortsauf

Henriette de Mortsauf

 

 

 

 

pauline de villenoix

Pauline de Villenoix

« Je prépare une grande belle œuvre… il y aura un visage de femme enchanteresse, pleine de cœur, vertueuse ; avec un mari ennuyeux. Ce sera sous la forme purement humaine, la perfection terrestre », écrivait Balzac à Mme Hanska, au printemps de 1835, au moment de commencer la rédaction du Lys dans la vallée. Cette « Béatrice » balzacienne est la malheureuse comtesse de Mortsauf qui, secrètement amoureuse du jeune Félix de Vandenesse, devient sa maîtresse spirituelle et son guide. Derrière les événements et les personnages d’un roman, il est facile de retrouver la trame autobiographique des amours (bien moins platoniques) de Balzac lui-même et de Laure de Berny. Blanche-Henriette de Mortsauf est la femme d’un émigré revenu en France en 1803, malade et aigri par les vicissitudes de la vie. Au cours d’une réception à Tours, la jolie comtesse a recontré le jeune Félix, « pensionnaire affamé de belles épaules » et qui, pris d’un désir soudain pour la belle inconnue, n’a pa su se retenir : il l’a prise dans ses bras et a déposé un baiser sur son cou d’albâtre. Cet instant sera l’unique instant « charnel » de leur idylle. Hôte des Mortsauf, Félix, eut, en fait, de longs tête-à-tête avec la comtesse, mais la force qui les attire l’un vers l’autre ne les entraînera jamais à franchir cette étape. De cet amour-amitié limité au spirituel, Félix sortira plus fort et plus sûr de lui, prêt à affronter la société vers laquelle Blanche-Henriette le pousse, non sans avoir multiplié conseils et recommandations : « Quel bonheur, mon ami, d’avoir à rassembler les éléments épars de mon expérience pour vous la transmettre et vous en armer contre les dangers du monde à traves lequel vous devez vous conduire habilement !… Oui, votre Henriette vous supplie de bien peser le sens de ces (…) paroles. Simples en apparence, elles signifient… que la droiture, l’honneur, la loyauté, la politesse sont les instruments de votre fortune ».


Une autre « Béatrice », mais avec des traits sensiblement différents, voici Pauline de Villenoix dans Louis Lambert. Fille naturelle et unique héitière d’un riche israélite, elle vit seule dans son domaine de Villenoix. C’est la qu’elle fait la connaissance du mystique Louis Lambert, le compagnon de collège de Balzac, l’auteur d’un traité sur la volonté. Les deux jeunes gens, amoureux l’un de l’autre, décident de se marier. Quelques jours avant le mariage, Louis devient fou et on le conduit à Paris, dans la clinique du docteur Esquirol. Mais Louis ne guérira jamais. Pauline ramène son cher malade à Villenoix où elle le soignera avec amour le reste de sa vie. Profitant de deux améliorations passagères, Pauline emmène Louis en Suisse, puis en Bretagne, aux bains de mer ; mais tout est inutile. Louis continue à déraisonner, à disserter sur la couleur des anges, et seule Pauline réussit à donner un sens à son délire. Pendant un certain temps même, elle transcrit amoureusement ses bizarres propos. Après la mort de Louis, Pauline ne se mariera plus jamais et mènera une vie de recluse, de « vieille fille » de province.

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