balzac et la presse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE JOURNALISTE EMPHATIQUE

La France a le plus grand respect pour tout ce qui est ennuyeux et grave. Cette espèce de journaliste atteint rapidement les sommets de la hiérarchie. Il passe pour un homme grave à cause de l'ennui profond qui émane de sa personne. Cette race est prolifique et ses représentants parviennent à noyer une toute petite idée de rien du tout dans un ensemble de banalités et à débiter des tirades philosophico-littéraires pendant des pages et des pages. Les feuillets sont pleins à craquer, on a l'impression qu'ils contiennent des idées, mais, quand une personne cultivée vient à y mettre le nez, ils ont comme une odeur de cave vide. Oui, ils sont comme une cave profonde et sans air, où l'intelligence s'éteint. Le rédacteur infatué de lui-même est un dieu pour la bourgeoisie actuelle parce qu'il est à son niveau : propre, net, sans accident ni aspérités. Ce robinet d'eau tiède coule et coulerait pendant des siècles sans jamais s'arrêter.

Voici comment procèdent ces"journalistes". En examinant l'état actuel de la France, un vrai penseur pourrait tout résumer en une seule phrase : "pas de liberté, oui, liberté non!". Là-dessus notre homme écrirait trois articles conçus dans ce style ou à peu près :"Si on entend par être libre exister sans loi, rien n'est alors libre dans la nature ; et par conséquent personne ne peut être libre dans la société, puisque l'ordre social dépend de l'ordre de la nature. Dieu lui-même, dans l'idée que nous nous en faisons, a une nature que nous appelons divine et il obéit lui-même à ses lois". Suivent alors six pages sur Hegel, Kant, Wolf, Snelling... Puis six autres sur la volonté et sept sur la liberté.

Axiome : moins on a d'idées, plus elles ont étendues. Telle est la loi en vertu de laquelle ces ballons philosophico-littéraires s'élèvent jusqu'à des hauteurs appréciables dans l'horizon politique.

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