les parents pauvres

le cousin Pons

Le cousin Pons

 

César Birotteau

César Birotteau

 

 

Il est courant de parler du « revers de la médaille ». Et la médaille des Gobseck, des Grandet, des Rubempré et des Brideau a également son revers avec le Père Goriot, le Cousin Pons, César Birotteau et tous ces « parents pauvres » repoussés, méprisés et exploités par d’autres, plus chanceux.

La logique implacable de Balzac a forgé une série d’appellations significatives pour cette tranche malheureuse du genre humain : ce sont les « battus », les « vaincus », les « ratés ». La Société –la société bourgeoise en pleine ascension – a ses lois, son rythme de vie ; y monte et s’y impose celui qui possède, et surtout celui qui utilise la force et la ruse. Celui qui ne possède pas ou qui n’a pas la force de conquérir, de voler, de soutirer de l’argent à autrui et de l’accumuler, sombre dans le mépris général. Celui qui ne sait pas s’imposer par sa propre façon d’être et d’agir va droit à la faillite, sans espoir d’en réchapper.


Mais « faillite » par rapport à quoi ? Car il faut avoir un but pour dire qu’on l’a manqué ou qu’on n’a pas réussi à l’atteindre. Est-ce vraiment le but de la vie humaine que d’être prisonnier de sa fortune au point de renoncer, pour l’argent et l’ambition, aux affections, aux joies du cœur, à la paix de l’âme et à l’harmonie avec toute chose ? Question embarrassante et ennuyeuse à laquelle personne n’a le temps ni l’envie de répondre, mais que Balzac pose avec insistance. Les filles du père Goriot sont trop absorbées par le souci de bien vivre, de profiter de tous leurs privilèges pour prendre soin de leur père qui meurt comme un chien. Les parents riches du pathétique M. Pons, musicien ingénieux et amoureux sincère des belles choses, sont trop occupés à lui voler sa seule richesse, ses tableaux bien-aimés, pour se soucier de la portée morale de leurs actes. Le malin du Tillet n’aura aucun remords à faire couler de ses propres mains la barque, pour un temps florissante, du trop confiant Birotteau. L’important est de conquérir des « biens ». Les fourbes, les forts, les malhonnêtes le savent et agissent en conséquence. Aux autres, aux Pons, aux Birotteau, aux Goriot, il reste, comme seul trésor, leur humanité de créatures « vaincues ». Un trésor précieux, mais hélàs ! plutôt lourd à porter avec son bagage de larmes, de malheurs et de honte. Et peut-être bien, en définitive, alourdi du fardeau d’une mort dont personne ne s’aperçoit –vraiment personne !

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